Après la capitulation de la point d'appui lourd de Ouistreham, le site n'est pas investi par les troupes anglaises : il n'a pas d'intérêt à leurs yeux.
Le front étant au sud de la localité, le terrain, truffé de mines et ayant été bouleversé par les violents bombardements, il devient hasardeux d'y établir un cantonnement. Par contre, il subsiste un impressionnant stock de matériaux de construction pouvant être utilisé par le Génie anglais. C'est ainsi que, le 9 juin, soit trois jours après le débarquement, le lieutenant Bob Orrell, Royal Engineers, 91 Field Company RE, 3rd Beach Group attachés à la 3rd Canadian Div., 2nd British Army, reçoit l'ordre de s'assurer du contenu du « Grand Bunker» afin de pouvoir exploiter ce dernier.
Vers 22 heures, il arrive avec trois hommes à bord d'un véhicule aux abords du bunker.
L'entrée est obstruée par deux grosses portes blindées.
Ils décident de placer trois kilos d'explosifs sur les gonds de l'une d'elle, mais l'explosion n'a aucun effet. Ils essaient ensuite de faire sortir la porte de ses gonds à J'aide de barreà-mine mais ce n'est guère plus concluant. Ils renouvellent l'opération en augmentant la charge de cinq kilos, ce qui a pour effet de disloquer la porte. Cependant, il leur faudra quatre heures supplémentaires pour pénétrer dans le bunker. En entrant avec leur lampe tempête, ils trébuchent sur deux caisses de grenades qui ont été abandonnées là, dans l'entrée. Ils tombent aussi sur un stock de matériel, entreposé dans la salle des filtres. Soudain, à leur grande surprise, une voix leur demande dans un anglais parfait de monter. Le lieutenant réplique qu'il préfère les voir descendre.
C'est ainsi que 53 Allemands, dont deux officiers, réfugiés dans le bunker depuis le 6 juin, se rendent à un officier britannique accompagné de trois de ses hommes. Enfin, la ville de Ouistreham est totalement libérée.
"Ouistreham en guerre - Sword Beach - Juin 1944" aux Editions Heimdal, par Fabrice Corbin, Conservateur du Grand Bunker, le Musée du Mur de l'Atlantique. |